L’autre visage de l’Irak

Principal sujet de l’actualité internationale depuis maintenant quelques jours, la situation en Irak s’est largement dégradée.
J’étais le mois dernier dans la région du Kurdistan qui se situe au nord du pays. J’y ai rencontré des gens curieux, généreux, toujours souriants et d’une hospitalité sans égal.
Toutes ces personnes sont bien loin de l’idée que nous pouvons nous faire, ici en occident, des peuples du Moyen-Orient à travers les images que nous envoient les médias. C’est pourquoi je voudrais partager cette série de photos dans laquelle j’espère avoir réussi à retranscrire cet autre visage de l’Irak à travers ces 30 portraits de kurdes irakiens qui m’ont accueilli à bras ouverts et ont tant partagé avec moi.

Voici un bref résumé qui tente de synthétiser ce conflit et de donner quelques clés afin de mieux le comprendre.

 

-> L’avancée des rebelles

Les rebelles djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont pris le contrôle de plusieurs villes du nord du pays et leur avancée continue. Après Fallujah en janvier dernier c’est aujourd’hui une bonne douzaine de villes qui sont aux mains de ces rebelles. La dernière en date Tal Afar succède à Mossoul, Tikrit ou encore Samarra.

En ce moment même les villes de Kirkouk et Ramadi sont l’objet de combats entre les djihadistes de l’EIIL et l’armée irakienne qui est en grande difficulté face à ces derniers. Il n’y a qu’à faire un tour sur les réseaux sociaux pour voir d’horribles images de soldats irakiens se faisant exécuter à tour de rôle.

L’évolution de la situation :

-> Le rôle clé du Kurdistan irakien

Parallèlement à ces événements, les forces armées du Kurdistan irakien (région autonome du nord de l’Irak) connues sous le nom de peshmerga défendent leurs frontières et sont en train de reprendre la ville de Kirkouk (qui ne fait pourtant pas partie officiellement de leur région autonome) là-même où l’armée irakienne a été mise en échec face aux insurgés. Ces peshmerga lourdement armés sont des combattants aguerris qui ont depuis toujours réussi à tenir à distance l’EIIL.  Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki pourrait sous peu demander l’aide de ces peshmerga afin de renforcer ses troupes et récupérer les villes déjà aux mains de l’EIIL. En échange, Bagdad pourrait bien être contrainte à céder aux kurdes d’Irak ce qu’ils désirent le plus : leur indépendance totale (en tant qu’état) et étendre leur territoire jusqu’à la ville de Kirkouk qui est considérée par les kurdes comme leur ville sainte et de laquelle ils viennent de chasser l’EIIL comme nous venons de le voir.

 

-> La volonté de l’EIIL ?

Après Ben Laden et son mouvement Al-Qaïda c’est aujourd’hui Abou Bakr Al-Baghdadi, chef du groupe armé djihadiste irakien de l’EIIL, qui prend la relève du terrorisme avec ses ambitions de vaincre les chiites, de créer un état islamique et de remodeler les frontières du Moyen-Orient. Après avoir conquis 1/3 du territoire irakien (Nord-Ouest) et dérobé 6 hélicoptères de combat black Hawk, 4000 mitrailleuses lourdes et 430 millions de dollars en liquide à la banque centrale de Mossoul leur volonté et maintenant d’établir un califat islamique au coeur des villes et des puits de pétrole du Moyen-Orient. L’EIIL vient de publier une carte représentant selon elle le Moyen-Orient de demain. Cette carte est très utopique car contrairement au Nord-Ouest de l’Irak qui est majoritairement sunnite, le reste du pays est chiite et les habitants n’ont aucune envie de se retrouver de nouveau sous une dictature sunnite. Il sera donc bien plus difficile pour l’EIIL de conquérir ces régions.

 

-> L’origine du conflit ?

La discorde entre chiites et sunnites remonte au VII e siècle. Lorsque le prophète Mahomet meurt en 632 les pratiquants de l’islam unique se déchirent entre les chiites qui souhaitent que le successeur de Mahomet soit son gendre Ali et les sunnites qui eux souhaitent que cela soit Abou Bakr, le compagnon de Mahomet.
C’est en 2003 que les tensions entre ces deux branches de l’Islam sont largement ravivées par les américains qui expulsèrent du pouvoir la minorité sunnite d’Irak qui ne digérera jamais le retour des chiites (qui représente 60% des habitants d’Irak) aux commandes du pays.

Parallèlement à ces tensions, la guerre civile en Syrie qui dure depuis 2011 et qui implique également chiites, sunnites et EIIL ne peut rester cantonnée indéfiniment aux frontières du pays et fait écho. Aujourd’hui l’EIIL a pris possession d’un des deux seul poste-frontière entre Irak et Syrie ce qui risque encore de faire accélérer leur progression vers l’Irak.

 

-> Vers de nouvelles frontières ?

Au final on peut penser que l’Irak actuel pourrait finir divisé en trois états distincts : Le Kurdistan au nord (avec Kirkouk en prise de guerre), le Centre sunnite et le Sud chiite. Après tout, les frontières de l’Irak que nous connaissons aujourd’hui avaient été dessinées il n’y a pas si longtemps (1920) et de façon aberrante par les britanniques.

Il y a fort à parier aussi que si les kurdes d’Irak obtiennent leur indépendance totale cela va donner des idées aux kurdes iraniens, turques et syriens. Le Kurdistan réunifié est peut être le prochain grand pays du Moyen-Orient…


Comprendre la domination de l’Etat islamique en… par lemondefr

 

J.P.

A venir : Deux séries photos sur cette même région. La première sur un camp de réfugiés syriens situé à Akre en Irak. La seconde vous proposera de partir à la découverte des paysages et des habitants du Kurdistan iranien cette fois…